La naissance du dadaïsme

Art

Depuis 1914, une association de jeunes artistes (taxés de dangereux socialistes et anarchistes par les autorités) se déplace de cafés en cafés sous le nom de « Cabaret Pantagruel ». Hugo Ball est membre de cette association, il découvre par hasard un petit bistrot nommé la « Métairie hollandaise ». Il demande à son patron d’utiliser une salle désaffectée et le 5 février 1916, sous l’enseigne « Cabaret Voltaire », Ball ouvre les portes d’un lieu appelé à devenir mythique.

Le Cabaret Voltaire est un lieu de culture situé au numéro un de la petite Spiegelgasse, à Zurich, la rue où demeura Lénine. Actif pendant six mois, de février à juillet 1916, il finit par fermer ses portes pour tapage nocturne et tapage moral, non sans avoir dans l’intervalle fait émerger le mouvement Dada. L’idée du nom est née d’une plaisanterie fondée sur le décalage apparent entre les mots « cabaret » (la nuit et ses supposés vices) et « Voltaire » (le philosophe).

Hugo Ball lors de la soirée inaugurale du 5 février 1916 pour faire taire l’énorme chahut

« Mesdames et messieurs, le Cabaret Voltaire n’est pas une boîte à attractions comme il y en a tant. Nous ne sommes pas rassemblés ici pour voir des numéros de frou-frou et des exhibitions de jambes, ni pour entendre des rengaines. Le Cabaret Voltaire est un lieu de culture. »

Marcel Janco décrit le cabaret « Une petite salle de quinze à vingt tables avec un plateau de dix mètres carrés, endroit pouvant contenir environ trente-cinq à cinquante visiteurs. Dès les premières soirées, il y eut salle comble. Les spectateurs battaient leur plein tard dans la nuit ce qui nous attirait bien d’ennuis avec les voisins et l’heure de clôture des bourgeois. » (extrait de Dada, monographie d’un mouvement paru dans Willy Verkauf en 1957)

Le mouvement Dada se caractérisa par une remise en cause, à la manière de la table rase, une rupture complète et totale de toutes les conventions et contraintes idéologiques, artistiques et politiques. Ce mouvement a mis en avant l’esprit d’enfance, le jeu avec les convenances et les conventions, le rejet de la raison et de la logique, l’extravagance, la dérision et l’humour. Ses artistes se voulaient irrespectueux, extravagants, affichant un mépris total envers les « vieilleries » du passé comme celles du présent qui perduraient. Ils recherchaient la plus grande liberté de créativité, pour laquelle ils utilisèrent tous les matériaux et formes disponibles. Ils recherchaient également cette liberté dans le langage, qu’ils aimaient lyrique et hétéroclite. Tout ceci allait marquer les vrais débuts de l’art contemporain.